Justine, se réveille, elle
prend son sac si lourd et l'installe comme elle le peut sur ces
épaules. Elle quitte sa maison avant de changer d'idée et que
renaisse le soleil. Mais brillera t-il encore ? La nuit la
recouvre de son manteau bleu, sans étoile, la lune est morte.
Personne ne verra son départ. Personne...! Partir sans laisser de
traces. Il est l'heure. Justine ce voyage tu dois l'entreprendre
dignement, sans peur, sans honte, avec l'espoir que je te
rencontrerais...!
Elle avance péniblement sur
les chemins escarpés de cette montagne, dans la nuit, le souffle
court, le dos courbé du poids de son sac, ses cheveux sont-ils
gris? Quel âge a t-elle ? Chevelure dénaturée, décolorée.
Elle s'arrête, fatigue dans la nuit, jette un long regard autour
d'elle. A quoi pense t-elle ? Elle a laissé derrière elle sa
maison bien rangée, bien propre, tout en ordre, pour rien au
monde elle ne voudrait qu'un jour les gens puissent dire qu'elle
est partie en laissant tout en désordre derrière elle. C'est
important pour elle le regard des autres. Elle savait que sa
maison ne serait pas seule, elle y a laissé la solitude son amie.
La solitude elle la connaît bien, elle l'a accompagnée sans
relâche pendant tant d'années. Ce matin, elle lui a dit adieu.
Elle a eu le courage....Un acte volontaire, mûri, réfléchi.
Elle continue son dur voyage.....en grenelant de la tête et
prononçant des mots, elle parle seule " Dieu ! Oui Dieu !
Toi qui dit protéger les hommes....Je te délaisse, tu ne me sers
plus à rien...! Elle soupire, son souffle de plus en plus court,
son corps souffre de ses efforts pour escalader cette montagne,
mais son coeur sourit. Elle avance sans bruit juste son souffle,
elle n'est qu'une ombre dans la nuit, comme elle l'a toujours
été dans sa vie. Elle s'arrête, et me regarde, nos regards se
croisent sans que je lui pose la question, elle me répond
"Je vais chercher ma mémoire" là haut tout en haut de
cette montagne et mes "combats m'y attendent"
"Qui es-tu ?" -
"Je suis moi, toi, toutes les larmes des femmes et des
enfants"
"Que portes-tu dans ce
sac si lourd pour toi ?" - "Leur souffrance et leurs
larmes"
"Où vas-tu ainsi ? La
montagne est trop haute pour toi ?" - " J'en ai escaladé déjà
la moitié, celle de ma vie avec ses chemins pas un seul droit, ni
facile"
"Crois-tu pouvoir arriver
seule en sommet?" - "On verra bien"
Elle s'assoit regarde en haut
"Il y a encore du chemin", puis se retourne, regarde le
jour qui se lève et le chemin parcouru "la nuit est
derrière en bas, la nuit de mon passé, encore un effort et en
haut il y a ma mémoire qui m'attend, et je pourrais déposer mon
sac et te le confier si tu veux, ma mémoire recouvrée, mon sac
confié, je pourrais partir, pour ne plus revenir" Elle se
leva, repris son sac et son chemin si dur, si pénible, si seule.
"Attends, dis moi qui
es-tu ? Je dois savoir, puis-je venir avec toi ?" - "Je
suis toi, je te l'ai dit"
Elle partit, sans que je
comprenne vraiment ce que je devais faire....!